Lundi 13 Janvier 2020, la Guinée risque, une nouvelle fois, de sombrer dans une nouvelle période trouble avec des risques d’instabilités, de conflit ethnique, de guerre civile pour ne retenir que les pires prédictions.

Au moment où je publie ce texte, les médias font déjà état d’un nouveau cas de mort par balle à la suite des affrontements en marge de la journée de « résistance » appelé par le FNDC.
Encore une fois, après les années 1970, après 1985, après 1996, après 2006-2007, après 2008-2009-2010 revoilà la Guinée face à ces vieux démons, ceux de l’affrontement et de la haine.

On a toujours échappé au pire, même si ces périodes correspondent à des moments sombres comme le 28 septembre 2009 quand on a cru toucher le fond.

Mais à croire qu’en Guinée nos mines nous inspirent, quand on touche le fond, on creuse encore.

Certains disent, à tort ou raison, que la Guinée semble aussi bénie que sont maudits ses habitants.
Alors pourquoi ? Pourquoi ne tirons-nous pas les leçons d’un passé plus ou moins récent ? Pourquoi l’histoire semble perpétuellement se répéter en République de Guinée ? Ou pêchons-nous et surtout comment pouvons-nous espérer mettre fin à ce cycle infernal ?
Pour moi la réponse peut se trouver dans 7 maux principaux dont souffre notre société, pour faire référence au nombre de péchés capitaux. En même temps ce sont des mots clefs autour desquels il va falloir mener de vrais réflexions pour construire durablement une véritable Nation et espérer des lendemains meilleurs. Ces maux/mots capitaux sont la Justice, l’Education, la Citoyenneté, la Corruption, l’Ethnie, la Culture, la Paix. Je vais tenter de les décliner à travers 7 articles de blog si la motivation est au rendez-vous. Commençons par la Justice !

Episode I : JUSTICE, MERE DES BATAILLES :

La Justice c’est la mère des batailles pour espérer collectivement des lendemains meilleurs pour notre pays. Parce que la Justice c’est tout simplement le fondement de notre vie en société. Quand on a décidé d’arrêter de vivre comme des sauvages en se rendant justice soi-même, quand régnait la loi dite de la jungle, nous avons collectivement décidé de faire société, d’établir librement des lois, de les respecter et surtout de les faire respecter en sanctionnant leur manquement. Et cette mission primordiale a été confiée à l’Etat qui a le monopole de la violence légitime pour mener à terme cette mission régalienne.

Quand la Justice est malade, c’est toute la société qui est malade.
Or la Justice Guinéenne est malade. Une longue maladie qui se propage comme un cancer au fil des ans malgré un traitement suivi. Atteindrons-nous cette phase terminale tant redoutée ? Pouvons-nous espérer un remède avant d’atteindre cet état. Cette maladie de la Justice guinéenne se caractérise par un ensemble de symptômes qui rythment la vie publique en Guinée depuis des décennies.
Des victimes de la Révolution, du coup d’état Diarra, de janvier février 2007, du 28 Septembre 2009 et des manifestations de rue de 2010 à nos jours, continuent d’attendre que Justice soit rendue. Cette éternelle attente engendre forcement des frustrations, des ressentiments. Or ces ressentiments sont instrumentalisés par des politiques sans vergogne en quête de fonds de commerce et qui n’hésitent pas souffler sur les braises, tant qu’ils tirent leurs épingles du jeu.

Et lorsque ces ressentiments sont partagés par un groupe social, ethnique, c’est la porte ouverte au au conflit. Pour appeler un chat un chat, une partie non négligeable de la communauté peulh de Guinée a le sentiment, à tort ou à raison, d’être particulièrement visé par la répression des récentes manifestations politiques en raison justement de cette appartenance. Quoi de plus dangereux pour une nation ? Les faits sont là.

La quasi-totalité des victimes des dernières manifestations sont peulhs. La question cruciale qu’il faille se poser sans passion est la suivante : Sont-ils tués en raison de leur appartenance à la communauté peulh ou sont-ils tués parce qu’ils s’opposent ou vivent dans des zones hostiles à un pouvoir répressif ? Les réponses seraient tout aussi graves mais leur gravité est incomparable. Je tenterai de répondre à cette question lorsque j’évoquerai le mot Ethnie. Mais pour revenir à la Justice, elle est normalement la mieux placée pour répondre à cette question.
Les insuffisances du système judiciaire sont aussi les causes des crises électorales qui ont rythmé la vie publique guinéenne depuis la « démocratisation » du pays. En effet une Justice efficace et impartiale aurait suscité la confiance minimum nécessaire des acteurs sociopolitiques, et auraient ainsi permis de solder les contentieux électoraux sans passer par des accords et des épreuves de force contreproductifs. La CENI, solution devenu problème, n’aurait pas vraiment eu raison d’exister.
Enfin, la Justice est aussi l’instrument déterminant pour lutter contre la corruption et toutes les formes de malhonnêteté qui ont tendance à s’installer dans nos mœurs, de l’administration publique au citoyen lambda, en passant par un certain secteur privé véreux à plusieurs niveaux. Or la manne financière qui échappe à l’Etat n’est-elle pas le meilleur moyen de mieux redistribuer les richesses pour parvenir à plus de Justice Sociale ? J’y reviendrai quand j’évoquerai la corruption In Shaa Allah.
Mais quelles solutions pour une Justice meilleure dans notre chère patrie ?
Tout d’abord il est évident que le rôle régalien d’assurer la Justice revient à l’Etat. Il est alors nécessaire de rappeler que d’importantes réformes ont été menées par l’Etat ces dix dernières années pour améliorer le système judiciaire. La plus importante à mon avis est l’adoption du statut particulier des magistrats et leur revalorisation salariale qui était un préalable indispensable pour assurer leur indépendance. Vient ensuite la création du Centre de Formation Judiciaire pour qualifier davantage les magistrats et l’adoption de plusieurs textes pour moderniser la législation tel le code pénal de 2016 ou plus récemment le code civil en 2019. Cependant l’Etat doit poursuivre ces réformes et surtout mettre davantage de moyens à la disposition de la Justice pour faire face à la démographie grandissante et pour rapprocher la Justice des citoyens. Les crédits budgétaires devraient être significativement réorientés à cet effet. Mais surtout, individuellement et collectivement, les magistrats doivent aussi prendre et assumer leur responsabilité avec courage en jouissant des prérogatives et de l’indépendance que leur octroie leur statut.
Enfin, il revient à nous, citoyen de réclamer la Justice, et concrètement, au-delà des slogans et de la violence. Cela passe nécessairement par prendre l’habitude d’utiliser les moyens légaux existants et souvent méconnus des populations, pour réclamer justice de la part de concitoyen ou de l’Etat. Cela doit aussi se faire nécessairement de manière collective car inutile de rappeler que l’Union fait la Force. Alors les citoyens doivent rejoindre les associations et les ONG qui sont réellement sur le terrain. Les partis politiques avec leur capacité de mobilisation et leur capacité financière doivent aussi être en première ligne dans ce combat en allant systématiquement vers la Justice. En résumé je pourrai aussi dire : mobilisons notre énergie pour les bonnes causes et de manière intelligente et collective.


Baïla Amadou Traoré
Un citoyen prétendument engagé.

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here