Une mégarde ? Certainement ! Une bourde ? Sans aucun doute ! Une tentative de donner subtilement sa position ? Assurément ! Seule évidence : la toute première interview que Mamadi Doumbouya a accordée à son service communication n’aura pas été des plus travaillées, au moment même où des manifestations pacifiques couvent à l’orée des sanctions certaines de la CEDEAO.

En effet, à lire entre les lignes de cette interview, on se rend compte que le chef de la junte s’est mis le doigt dans l’œil. En cause : « 39 ou 36 mois, ce n’est pas le nombre de mois qui importe. Mais ce qui va être fait pendant la période de la transition pour le bien de la Nation.  (…), la durée proposée tient compte du temps nécessaire à la mise en œuvre des tâches qui sont indispensables pour la construction d’un pays normal et assaini. » Jusque-là tout va bien. La communication est valide. Et patatras ! Mamadi Doumbouya se découvre et donne raison de facto à des adversaires ou des observateurs de la scène politique nationale l’accusant de plan caché pour tenter de s’éterniser au pouvoir.

D’abord en éliminant de la course les principaux leaders politiques considérés comme les favoris de la prochaine élection présidentielle et les voix discordantes comme celles du FNDC, qui l’ont pourtant applaudi à la chute d’Alpha Condé ; ensuite en neutralisant les gros bonnets du RPG au fond du cachot de la CRIEF, enfin domestiquer le reste des citoyens. Mamadi Doumbouya aura beau tenter de se justifier, mais, en déclarant que « si on veut faire les choses sérieusement et éviter ainsi que le pays ne retombe dans ses travers du passé, nous devons prendre le temps de corriger des faits qui menacent la Guinée dans ses fondements », en citant au passage « le recensement général de la population par exemple, pour être bien fait, nécessitera plusieurs mois », il n y a point de doute qu’il affiche une volonté dans la durée, à son premier anniversaire ce 5 septembre 2022.

Certes, « nous n’agissons pas dans la logique d’une transition à rallonge, mais dans une dynamique de refondation d’un pays qui allait très mal. » Comprendra qui pourra !

En tout cas, « De toutes les consultations engagées à tous les niveaux depuis le début de la transition, avec toutes les composantes de la nation, auprès de tous les Guinéens partout où ils se trouvent, il ressort une proposition médiane d’une durée consensuelle de la transition de 39 mois ». Il aura fallu huit mois pour qu’enfin le colonel Mamadi Doumbouya se prononce sur la durée de la transition.

En annonçant la durée de la transition, les autorités guinéennes avaient suscité on se rappelle, l’ire de ses voisins en actant une durée de transition de 36 mois. Un délai qualifié d’« impensable » par le chef de l’État sénégalais Macky Sall, président en exercice de l’Union africaine. « La Cedeao va devoir prendre des mesures », avait-il dit.

Pour sa part, le Mali a annoncé un calendrier électoral fixant la présidentielle à février 2024, le référendum constitutionnel à mars 2023, et les législatives entre octobre et novembre 2023. Il vient compléter l’adoption, le 17 juin, d’une nouvelle loi électorale et la mise en place d’une commission chargée de rédiger la nouvelle Constitution. De même pour le Burkina Faso où les autorités prévoient les dates du 24 décembre 2024 pour un référendum constitutionnel et du 25 février 2025 pour la tenue d’élections législatives et présidentielle.

Il y a donc de l’eau dans le gaz !