Après la mort d’Idriss Déby Itno, la même méthode de gestion du pouvoir continue sous son fils Mahamat Idriss Déby. Au point de frustrer d’autres Tchadiens.

Au Tchad, après le décès du président Idriss Déby Itno, la gestion du pouvoir a-t-elle changé sous l’actuelle transition militaire dirigée par son fils ? De nombreux observateurs répondent par la négative. Le pouvoir serait toujours concentré entre les mains des membres du groupe ethnique du défunt président : les Zaghawas.

Pour se convaincre de la prédominance de l’ethnie Zaghawa dans le système en place, il n’y a qu’à observer la composition du Conseil militaire de transition (CMT). La majorité des 15 membres en sont issus, à commencer par le chef de la transition, Mahamat Idriss Déby Itno.

Les Zaghawas, qui vivent de part et d’autre de la frontière soudano-tchadienne, ont porté l’ancien président Idriss Déby au pouvoir en 1990. 

« C’est le même système »

Un peu plus d’un an après le décès de celui qui a régné sur le Tchad pendant 30 ans, le sociologue Marita Toglo-Allah constate que le clanisme promu par le défunt président est toujours en place.

Il explique sur la DW que « c’est comme si on remplaçait Saint-Jean par Saint-Paul. Donc, en réalité, il n’y a pas de changements, c’est le même système ». Cliquez sur le lien ci-dessous pour écouter l’audio

Tchad : de Déby père à Déby fils, le clanisme continue | Afrique | DW | 19.07.2022

« Il y a des marginalisés, c’est une réalité » (Docteur Marita Toglo-Allah)

Kebir Mahamat Abdoulaye, économiste et spécialiste des politiques publiques, soutient le contraire. Il estime que toutes les composantes ethniques participent à la gestion du pays. 

« Dans le gouvernement et dans d’autres structures de l’Etat, il y a des Tchadiens issus également d’autres religions, d’autres communautés et aussi d’autres confessions qui participent à la gestion, qui participent à la transition. Le régime n’est pas constitué seulement par un seul clan ni par une seule famille », assure Kebir Mahamat Abdoulaye.

L’analyste ajoute que les Zaghawas ne sont majoritaires ni dans le gouvernement ni dans le Conseil national de transition.

Les Zaghawas au coeur du pouvoir  

Pour autant, les Zaghawas sont au cœur du pouvoir tchadien et en détiennent les principaux leviers. Les membres de cette communauté sont représentés dans l’armée, la police, la gendarmerie et au sein de l’administration publique.  

Les politico-militaires qui participent depuis le 13 mars au prédialogue de Doha au Qatar sont aussi majoritairement issus de la région du Borkou-Ennedi-Tibesti, tout comme le chef de la junte, Mahamat Idriss Déby Itno, dont la mère est toutefois issue de l’ethnie gorane. La même ethnie que celle de l’ancien dictateur Hissène Habré décédé en août 2021.

Faustin Facho Balaam, ancien ministre sous Hissène Habré et opposant à feu Idriss Déby Itno, évoque une continuité du régime de père en fils.  

« Et maintenant il y a une petite dose gorane qui s’ajoute parce que l’actuel président essaie de se rapprocher plus de ses oncles goranes que des Zaghawas. Maintenant, il recrute beaucoup plus du côté gorane, il se sent plus en sécurité parce que ce sont ses oncles » précise t-il. 

Faustin Facho Balaam n’exclut pas que les membres de ces deux communautés, goranes et zaghawas, quoique cousins, puissent s’entredéchirer.  

Sentiments d’exclusion

Idriss Déby Itno en campagne pour le scrutin d’avril 2021 dans un stade de N’Djaména

Selon Marita Toglo-Allah, le clanisme s’est enraciné au Tchad. Il parle d’un système qui s’est construit par la terreur et d’un sentiment d’exclusion des autres ethnies.  

« Ce sentiment d’exclusion existe, c’est une réalité parce que qu’il y a le clientélisme, il y a le régionalisme, il y a le favoritisme », observe le sociologue Marita Toglo-Allah.   

Il ajoute : « Et quand un système fonctionne de cette manière-là, il ne peut pas y avoir une satisfaction globale des populations. Il y a des marginalisés, c’est une réalité. »

Plus de 130 langues et dialectes sont parlés au Tchad. Le pays compte de nombreux groupes ethniques. Parmi les principaux d’entre eux : les Arabes, les Baguirmiens, les Hadjaraï, les Goranes, les Sara, ou encore les Zaghawas. Ces derniers sont très minoritaires.   

Source: dw.com